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Afrique > Afrique Du Sud > Mahotella Queens
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 © B.M.
Portrait de: Mahotella Queens
Les Mahotella Queens sont avant tout une formidable bouffée de joie de vivre. De leur vie où la douleur et les souffrances se sont souvent inscrites en filigrane, elles ont su tirer les plus belles choses pour nous les faire partager avec un humanisme qui touche les publics du monde entier. Depuis près de 40 ans, elles font chalouper les barrières linguistiques et les obstacles politiques avec une belle énergie. Aujourd'hui, elles récoltent enfin les fruits de leur sincérité en rencontrant de mémorables succès internationaux sur les scènes de tous les pays et en glanant de prestigieuses récompenses (elles ont reçu le Womex d'or en 2000). Leur histoire commence au début des années 1960. Les studios Gallo — la compagnie discographique la plus importante d'Afrique du Sud, créée vers 1920 par Eric Gallo, un émigré d'origine italienne — recherchent de nouveaux talents et auditionnent nombre d'artistes noirs ; ce qui est bien loin d'être innocent à Johannesburg. Hilda Tloubatla, Mildred Mangxola et Nobesuthu Mbadu, trois jeunes filles qui chantent chacune dans la chorale de leur église, sont retenues pour devenir choristes-danseuses de Simon Mahlathini. Nous sommes en 1964 et Nelson Mandela vient d'être incarcéré à Robben Island. C'est donc dans un contexte politique effervescent que le groupe signe son premier succès avec Thoro ujola nobani, une chanson d'amour, et met au point un nouveau style musical : le Mbaquanga ("pot au feu" ou "fait maison" selon les traductions). Mélange de musiques traditionnelles d'Afrique du Sud (zoulou, xhosa, shangaan..), de marabi (jazz local né dans les années 1920), de soul music, de rythm'n' blues et de gospel, le Mbaquanga devient très vite extrêmement populaire car il s'inspire de la vie quotidienne et utilise des instruments modernes.
En outre cette machine à danser — tout auditeur de Mbaquanga en vient très vite à trémousser des fesses, presque malgré lui — est l'un des fers de lance culturels de la résistance anti-Apartheid . D'ailleurs, l'engagement de Malhathini et des Mahotella prendra une dimension planétaire ave le tube Kazet (repris en français par Lizzi Mercier Descloux sous le titre Où sont passées les gazelles ?, qui raconte la destruction d'un township par les bulldozers à la solde du gouvernement sud-africain et le déplacement de ses habitants dans de grands camions bennes. Toute la magie des Mahotella est là : d'un événement douloureux et tragique naît une chanson à laquelle rien ne résiste, pleine d'espoir et de force vitale au milieu du malheur. Car des malheurs, elles en ont connu, et refusant toujours la facilité. Tout d'abord en refusant l'exil pour continuer à se battre dans leur propre pays (à l'inverse de beaucoup de musiciens sud-africains). Ensuite, en 1975, elles quittent le groupe en pleine gloire pour se consacrer à leurs enfants et reviennent sur scène quinze ans plus tard (alors qu'elles sont devenues de respectables grands-mères). Aux débuts des années 1990, le contexte sud-africain a bien changé, l'apartheid s'effrite et la culture zoulou a le vent en poupe sur toute la planète. Tout semble plus facile pour Malhathini et les Mahotella mais une série de deuil vient assombrir l'horizon. En l'espace d'un an, 3 piliers du groupe décèdent (dont le chanteur Malhathini). Au lieu de baisser les bras, les énergiques mamies retroussent leurs manches et repartent sur les routes. Sous la houlette de Christian Mousset (directeur du Festival Musiques Métisses et du label Indigo), elles enregistrent un album, "Seba Bai", dédié à leurs amis disparus. Après quelques années, elles font un retour remarqué en 2005 avec l'album Kazet, sur le label Marab, toujours en compagnie de Christian Mousset. Entourées du fabuleux accordéonniste malgache Régis Gizavo et du guitariste Louis Mhlanga, les pétillantes dames de cœur sud-africaines livrent une nouvelles fournée de chansons débordantes de bonne humeur et d'énergie.
Magali Bergès
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